Yoga, quête de soi et dépassement de l’égo

Attention ! Questionnement métaphysique dépassant le fait de savoir comment mettre ses pieds derrière la tête dans supta kurmasana 😉

On dit que tout l’objet du yoga est de dépasser l’égo, ou plutôt de l’amener à se fondre dans quelque chose de plus grand, de plus large, le Soi, le Self, l’éternel, l’immuable, Dieu pour les croyants, le cosmos pour les autres, l’énergie universelle, le Tout. L’égo c’est ce que je pense être physiquement et mentalement, une femme, une mère, une fille, une professeure de yoga, une occidentale de la classe moyenne blanche, une femme de 35 ans… C’est aussi ce que je peux ressentir et qui me caractérise à mes yeux et aux yeux des autres, fatiguée, triste, énergique, mélancolique, rigolote, colérique, intelligente, jalouse… Or, le yoga et plus largement l’Hindouisme et le Bouddhisme nous disent : non, tu n’es pas ça, tu penses que c’est cela ton essence mais non, ton corps, ton esprit, tes émotions  sont  des couches de matière (prakrti) qui cachent ta véritable nature (purusa, l’âme). Cette nature est un petit bout d’éternité et d’immuabilité, une petite particule de l’étincelle qui a fait l’univers, la vie, ta vie et cette nature véritable, ce purusa,  renaitra  dans autre chose quand ton corps et ton esprit seront morts, elle ne disparaitra pas avec eux (selon l’idée de la réincarnation, du cycle du Samsara). 

Bref,  au-delà des postures, le yoga nous parle d’une histoire de transcendance. Il s’agit de transcender  notre petite personne pour trouver en nous ce qui est immuable, permanent, l’Âme, l’essence de notre être. Tant que cette quête n’est pas achevée alors le cycle des réincarnations se poursuit.  C’est bien de cela que l’on parle dans le yoga, cet état de béatitude, le nirvana, le Samâdhi où le purusa, l’âme se révèle enfin et où cette petite étincelle d’immuabilité retrouve l’immense explosion originelle dont elle est issue.  Un vaste programme n’est-ce pas ?!

 Mais, cela passe par de nombreuses étapes. C’est un long chemin qui, si l’on s’accorde à la représentation cosmique  de la métaphysique hindoue/bouddhiste, nécessite plusieurs vies. Or, de ma petite expérience il me semble qu’une étape importante préalable à ce dépassement  de l’ego, du petit « je », passe justement par savoir quel est ce petit « je » que je suis censée dépasser et fondre dans le grand « JE »?

Savez-vous qui vous êtes ? De quoi est constituée votre identité propre, ce qui fait que vous êtes vous et pas votre voisin ? Je vous partage ici mon expérience personnelle de la question et comment le yoga m’a aidé à y voir un peu plus clair.

Il y a trois jours, un événement est venu doucement chambouler mon train-train quotidien et a semé une certaine confusion dans mon esprit. J’ai été contactée par un journaliste qui souhaitait avoir mon avis sur un sujet d’actualité. Pourquoi moi me direz vous ? Parce que fut un temps, ma principale casquette n’était pas d’être professeure de yoga mais chercheuse en sociologie. Pendant six ans j’ai effectué un travail de recherche doctorale sur la question des informations nutritionnelles sur les aliments. Je suis dont assez calée sur l’étiquetage nutritionnel (les petits tableaux sur les emballages qui vous disent combien il y a de gras de sucres et autres joyeuseries dans vos aliments !), le marketing nutritionnel (ex : les céréales « x », le partenaire idéal d’un petit déjeuner équilibré ou la tisane « y » votre allié minceur/détox/digestion…), les réglementations qui encadrent ces pratiques marchandes à l’échelle européenne, le fonctionnement des institutions européennes…. Mais, après avoir soutenu ma thèse en septembre 2014 j’ai fait un rejet de  l’université, de la recherche et de toutes idées de poursuivre une carrière académique.

C’est à ce moment là que j’ai pris la décision d’approfondir ma pratique du yoga que je pratiquais déjà depuis 6 ans. Après ma thèse j’ai donc décidé de faire un break réflexif pour m’immerger  dans la pratique de l’Ashtanga en partant à Mysore, en Inde du sud, pendant 3 mois. La thèse m’avait épuisée physiquement et mentalement et l’année qui a suivie a été un vrai passage à vide durant lequel j’ai complètement reconfiguré mon identité, mes envies et redéfinit mes besoins et mes attentes. Ce moment de réflexion et de recul a abouti sur la décision de devenir prof de yoga…. et sur une grossesse un peu surprise. 

Fâchée avec la recherche académique, je pensais que cela était une période définitivement derrière moi. Et puis les années passant, la colère est retombée et j’ai fini par repenser à ma thèse avec quiétude et satisfaction. J’ai fait la paix avec cette expérience qui m’a beaucoup coutée pour y voir du positif et en tirer une certaine fierté. Et puis il y a trois jours ce journaliste m’appelle pour avoir mon avis d’experte sur l’information et le marketing nutritionnel. Alors que je pensais  que parler de mes recherches 4 ans après les avoir terminé aller être laborieux, je me suis retrouvée à parler pendant au moins une heure et à faire une mini conférence explicative sur le sujet à mon interlocuteur. Et là, gros choc ! Je me suis rendue compte à quel point cet exercice de la recherche et de la transmission des connaissances m’avait manqué.  Réfléchir, enquêter, questionner, analyser, autant de chose qu’un chercheur pratique avec assiduité dans son quotidien  et je me rends compte aujourd’hui de la chance que j’ai eu de pouvoir en faire l’expérience.

Néanmoins, une des raisons fondamentales qui m’a poussé à laisser de coté la recherche en sociologie pour me consacrer au yoga c’est que cette recherche est souvent déconnectée de la vie pratique, elle n’a que très rarement de versant pratique/pragmatique. Ainsi, en sociologie on étudie ce qui constitue le monde dans lequel on vit, ce qui nous construit en tant qu’être humain, ce qui nous détermine. Pourtant, à la fin de la journée rien ne nous indique comment modifier la donne. J’ai découvert avec la sociologie toutes les couches qui composaient mon identité et mon quotidien. J’ai compris à quel point le « je » qui  faisait mon identité n’était pas dû à ma simple volonté et à  ma seule liberté. Loin de là !

Grâce à la sociologie j’ai compris que ce moi était en fait le produit d’un certain nombre de facteurs et de déterminants sur lesquels je n’avais en réalité que très peu d’influence.

Ma famille, mes caractéristiques physiques et biologiques, le milieu social et culturel,  le hasard des événements … Autant de choses qui mises bout à bout ont fini par créer cet égo qui me définit à moi, Laure. Mais au lieu d’une identité aux contours définis  je terminais mes études en ayant un fort sentiment d’être constituée de plein d’identités différentes réunies en un seul corps :  l’enfant, l’adolescente effrontée et en colère, mais aussi très  complexée, la rêveuse préado qui adorait lire de l’héroïque fantaisie, la jeune adulte traumatisée par l’explosion d’AZF toujours en état de stress post traumatique et accro au cannabis et à la cigarette, la chercheuse et enseignante en sociologie, la fille qui fait du yoga,… Bref,  un tas de personnalités différentes que j’avais souvent du mal à lier entre elles.  Un sentiment d’être divisée, compartimentée… Un « Je » morcelé dont l’instabilité était une source d’impuissance et de souffrances physiques et mentales très profondes.

C’est là où le yoga a apporté une réponse cruciale à ce sentiment de morcellement en faisant un lien entre tout ça à travers le corps et plus particulièrement le mouvement et la respiration et également m’amenant à observer mon mental et mes pensées.

Au fur et à mesure que je prenais conscience de mes mouvements, de ma respiration et de mes pensées sur le tapis, j’ai peu à peu commencé à ressentir mon corps et à opérer ces observations dans toutes mes autres  personnalités.  Dans mes colères avec le souffle court, le cœur qui s’emballe  et la force,  la violence qui s’emparaient de moi. Dans mes crises d’angoisses avec la sensation du cœur qui se serre. Dans la joie et la légèreté des moments heureux. Dans la sensation de trac lorsque je devais parler en public. Dans la souffrance infligée à  mes poumons lorsque je fumais.

Petit à petit, l’attention à mon corps, à mon souffle et à mon mental, développée  pendant ma pratique du yoga, s’est étendue au reste  de ma vie pour  devenir une passerelle, un fil d’Ariane dans ce labyrinthe constitué de tous ces différents « moi ».

La clarté s’est faite doucement, année après année et ma vie s’est unifiée et simplifiée. Grâce au yoga, j’ai pu ranger et ordonner toutes ces identités que la sociologie m’avait permises de voir et d’isoler pour développer une façon plus simple et plus consciente de passer de l’une à l’autre de façon harmonieuse et plus douce. J’ai pu trier celles qui étaient source d’une trop grande souffrance pour ne garder que les plus positives et les plus saines (même si rien n’est jamais acquis et demande toujours un certain engagement et une vigilance au quotidien).

Trouver cette clarté, identifier avec plus de conscience ce « qui suis-je » a été un grand pas en avant et une source de joie et de tranquillité que je ne pensais pas pouvoir atteindre.

L’expérience de la maternité  est venue de nouveau bouleverser cet équilibre précaire mais, là aussi, même si c’était et est toujours laborieux, ma pratique  du yoga me permet de naviguer dans cette mère agitée sans me noyer (même si je bois la tasse parfois. Ça me donne une certaine confiance et une sérénité  qui, même si je les perds de vue parfois, ne sont jamais très loin de mon cœur et de ma tête.

Ainsi, déconstruire les choses a été une étape essentielle de cette reconfiguration identitaire. Comme le Dieu Shiva (également considéré comme le premier yogi) le symbolise si bien, du chaos nait l’ordre et de l’ordre resurgit le chaos. L’un ne va pas sans l’autre. Alors pour moi sociologie et yoga sont deux choses assez complémentaires, la première défait, décortique tandis que l’autre rassemble, reconstruit. La question de l’égo est centrale dans le yoga et les différentes philosophies qui le sous-tendent. Le yoga a pour but de dissoudre l’égo dans l’immuable, dans le Soi éternel, le purusa. On parle souvent de cette nécessité de dépasser l’égo, le « je » et qu’un bon yogi est celui dont l’identité s’est dissoute dans l’immensité du Tout.

Or, pour notre génération d’individus postmodernes pour lesquels la quête identitaire est un problème central,  il s’agit avant tout avec le yoga de trouver une continuité dans nos identités morcelées. Si le yoga a autant le vent en poupe c’est bien parce qu’il propose un moyen de réunifier toutes ces différentes facettes de notre être  au moins le temps d’une pratique.

Pas étonnant que nous soyons autant à adhérer à ce que propose le yoga et/ou la méditation. La question identitaire, le « qui suis-je », « quel est mon but », « qu’est-ce que je veux » sont autant de questions qui nous minent et pour lesquelles la société nous proposent peu de solution. Ce n’est souvent ni la famille, ni l’école ou le monde du travail qui répondent à ces questions ou nous donnent des outils de réponses.

Or, c’est bien ça que permet le yoga, à travers l’attention donnée au souffle, au corps, à ces mouvements, aux fluctuations du mental,  à la concentration et à la maitrise des sens qui prépare à la méditation. Tout cela permet de trouver une simplicité. Je suis celui qui respire là, je suis celui qui ramène ses sens sur son souffle, sur chaque inspire et chaque expire, celui qui dans toutes les situations essaie et arrive parfois à retrouver un ancrage dans son corps qui respire.

Le yoga ne répond pas directement à nos questionnements quotidiens, il nous aide simplement à les traverser, à les examiner au calme et dans tous les cas à continuer de respirer et de nous mouvoir en conscience et c’est déjà énorme ! Bien sûr, en tant que philosophie et proposition métaphysique le yoga nous donne des réponses claires  mais la pratique associée à ses théories leur donne une consistance un aspect concret que l’on ne retrouve pas vraiment dans les autres propositions métaphysiques, religieuses ou scientifiques comme la sociologie. Il me semble que c’est bien là la force du yoga : associer une théorie sur le monde et les choses à un objectif précis, la libération des souffrances, avec un moyen, une pratique précise : le yoga et ses différentes branches et pratiques. Oui, nous souffrons mais il y a un moyen de se libérer et ce moyen est accessible à tous puisque nous avons tous un corps qui respire, qui raisonne et qui aime. 

Donc, avant de songer à dépasser son égo il est nécessaire de comprendre de quoi celui-ci est fait, de le disséquer et de l’ordonner tout en trouvant le fil conducteur qui permet d’expérimenter une forme de continuité dans son corps et dans sa tête.  En cela le yoga a été pour moi une vraie planche de salut à des moments très compliqués de ma vie. En entretenant une certaine curiosité vis-à-vis de soi-même le yoga nous permet d’évoluer, de nous transformer et de simplifier dans un sens positif le petit monde qui nous entoure et avec lequel nous nous façonnons mutuellement.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le yoga ou pour suivre des cours (yoga et yoga prénatal) avec moi c’est par là : Studio Yoga Sadhana ou ici pour les cours individuels et en entreprises et ici pour les stages et retraites.

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