Retour sur ma découverte du yoga ou comment le yoga m’a sauvé la vie !

Dans ce projet Blog je voulais aussi faire ce que l’on appelle en Sociologie une section « récits de vie » récits de ma vie et récits de la vie d’autres personnes qui se feront sous la forme d’entretien. Je pense que le partage d’expérience est une richesse pour ceux qui donnent et ceux qui reçoivent, que ça permet de se rendre compte que, dans le fond, on est pas si différent et que, selon les histoires et les situations que l’on est en train de vivre, on peut trouver du réconfort et du soutien en lisant ce qui s’est passé pour d’autres. Je m’intéresse à ce que le yoga peut provoquer dans la vie des gens et  à ce que la pratique peut amener comme changement. 

J’inaugure aujourd’hui cette série en vous racontant comment je suis tombée dans la marmite du yoga et pourquoi j’y suis restée. C’est un peu une première pour moi et je me dévoile quand même pas mal (peut-être trop je ne sais pas) en tout cas essayez d’être indulgent et bienveillant en me lisant et si l’envie vous prend, en me commentant.

En 2007, j’avais 24 ans et ce n’était pas une période très fun et insouciante pour moi. Bien au contraire ! J’étais plutôt dépressive et je faisais pas mal de crise d’angoisse et/ou de violence envers moi-même et les autres. Je souffrais à l’époque sans le savoir d’un syndrome de stress post-traumatique (qui sera l’objet d’un autre article).  Mon grand remède était le cannabis avec lequel j’essayais de contenir des émotions tourmentées et extrêmes qui me faisaient vivre un état permanent de montagnes russes émotionnelles. Bon, on ne va pas se mentir, ça ne marchait pas trop et l’équilibre était plutôt précaire. J’étais dur avec moi-même et je traitais mal mon corps. Plus jeune quand j’étais ado, je faisais du sport et j’aimais pas mal ça, de l’athlétisme et de la gym où j’étais assez douée car très souple (en fait hyperlaxe ce qui ne m’a pas beaucoup servi sur le long terme mais ça c’est une autre histoire !). Mais la vie et un événement traumatique survenu quand j’avais 18 ans ont fait que j’ai complétement délaissé cet aspect de moi pour me concentrer sur mon versant destructeur, sombre et profondément triste.

Bref, à 24 ans j’étais bien dans les vapes, ultra nerveuse et stressée et pas sportive pour un sous car trop essoufflée et sans volonté pour bouger un tant soi peu. C’est là que ma belle-mère adorée, la mère de mon chéri, anglaise donc forcément branchée sur les trucs cool et tendance, me mets un livre de yoga entre les mains. Elle pratiquait déjà depuis quelques années, seule ou en cours collectif, et je voyais bien que ça avait l’air pas mal. Bon le livre qu’elle me prêta à l’époque était un livre en français datant des années 90, très old school avec des gens tout mince en combis fluo et moulantes posant dans des postures impossibles !

Le livre avec lequel j’ai découvert le yoga !

Ce n’était pas hyper sexy et assez obscur ! Ça parlait de chakras, de bandhas, de trucs un peu barrés mêlant philosophie indienne et trucs ultra new-age. Mais bon, étant de nature curieuse, ça m’intriguait quand même. Pas assez au début pour me dire « Mais oui c’est ça qu’il me faut !! », mais juste assez pour qu’à mes heures perdues je le feuillète en me disant « ouais, cool ! Je suis sure que je pourrais faire cette posture si je veux ». Je n’avais pas vraiment envie, mais la simple idée de savoir que si je voulais je pouvais le faire j’aimais bien.

Et puis à l’été 2008, lors d’une après-midi d’ennui chez mes parents à la campagne je me dis : « Aller, sors une couverture, mets la au soleil et essaies de faire une petite séquence comme c’est indiqué dans le fameux bouquin bizarre ». Et me voila sur ma couverture à essayer de respirer «  profondément, jusqu’au fond de l’abdomen, de façon fluide et silencieuse » WHAT ?? Mais c’est trop dur ce truc. Là premier constat, je ne sais pas respirer, je sais fumer, ah oui ça je sais bien mais respirer comme il faudrait, impossible ! Et puis j’essaie malgré tout de faire quelques postures. Deuxième constat, je suis bien souple comme je le pensais et j’aime bien faire des nœuds avec mon corps, ça me plaît bien. A la fin de la séquence il est indiqué qu’il faut méditer en se concentrant sur le souffle et les chakras. Les quoi ? Là ça recommence à se corser pour moi, impossible de fixer mon attention, de trouver ce « calme mental » et de me « connecter à mes chakras ». Mon « monkey mind » est vraiment trop agité. Limite l’exercice m’angoisse, ma respiration se bloque bref ça m’énerve !

Finalement, en y repensant je pense que c’est dans cet énervement, cette frustration que je suis tombée la tête la première dans le yoga. C’était une espèce de mur ou plutôt de montagne que je voulais absolument conquérir, franchir, dominer, planter mon drapeau au sommet. Et oui, je n’aime pas quand les choses me résistent surtout quand c’est quelque chose qui m’intéresse et m’attire. Du coup, cet été là j’ai tenté de continuer à essayer de pratiquer avec mon bouquin, quand j’avais la motivation et que je n’étais pas trop enfumée. Et puis l’été est passé et je suis revenue dans mes (mauvaises) habitudes, mon quotidien, mon sentiment de perdition, ma recherche de trucs à fumer qui me prenait beaucoup de temps et d’argent. Et le bouquin sur le yoga comme mes grandes résolutions d’en faire un peu tous les jours sont retournées sur l’étagère poussiéreuse au fond de mon salon. Jusqu’en janvier 2009 où je ne sais pas trop pourquoi j’ai décidé qu’il était urgent que j’essaye de faire un vrai cours pour m’y mettre un peu plus sérieusement.

Le hasard  a voulu que je me retrouve dans un cours d’Ashtanga. Rien à voir avec le yoga qui était décrit dans mon livre new age. Le rythme rapide des postures qui s’enchainent, la respiration ujjayi (qui veut dire victorieux en sanskrit) encore plus bizarre et difficile que ce qui était évoqué dans le bouquin,  et l’absence totale de discours ésotériques un peu bizarre… C’était une expérience très différente. Mais je n’ai pas trop accroché avec ce premier cours car j’avais du mal avec le prof et le rythme lent de sa respiration, le courant ne passait pas et j’étais énervée en sortant. Je me suis dit qu’il fallait peut-être que j’essaie avec quelqu’un d’autre avant de jeter l’éponge. C’est la meilleure décision que j’ai prise de ma vie ! Le cours suivant était avec Laura, une anglaise avec un accent adorable (vous aurez compris à ce stade que j’ai un gros faible pour les anglais), la trentaine, un grand sourire… Ce cours là j’étais en extase du début à la fin, j’ai tout donné et dans la posture de relaxation finale, Savasana, j’ai pu avoir enfin un petit aperçu du fameux calme mental, du corps et de l’esprit déposés ensemble dans l’instant. Ces quelques secondes de suspension ont planté en moi les graines d’un changement fertile.

Pourquoi j’ai continué ?

Au début c’est un peu comme un coup de foudre, une obsession, pour les postures, la fluidité de l’enchainement, le mouvement collectif de tous ces corps engagés dans une chorégraphie où le chef d’orchestre est le souffle. Le son collectif produit par la respiration ujjayi. Une autre chose qui a beaucoup compté pour moi : une certaine fascination pour la professeure. Cette impression de calme, de stabilité, de confiance qui se dégageait d’elle. Tout ce que j’aurais aimé être à cette époque, tout ce qui me faisait défaut. Évidemment, j’idéalisais extrêmement la personne en face de moi mais néanmoins il se dégageait d’elle une énergie très positive. C’est donc tout autant la pratique en elle-même que la personne qui me l’a transmise qui a fait que j’ai continué après ce deuxième essai. Pendant les cours j’étais une version de moi qui me plaisait, la même mais différente. Moins sombre, moins triste, moins en colère et puis l’Ashtanga est une pratique assez physique dans laquelle je retrouvais des sensations que je n’avais pas ressenties depuis le collège et ma pratique sportive assez soutenue à l’époque. De temps en temps, pendant les cours des sentiments très forts remontaient à la surface et je me retrouvais à m’asseoir sur mon tapis pour pleurer ou à avoir un sentiment de rage soudain, alors que j’avais la tête en bas ou que j’étais en train de faire une salutation au soleil. C’est que le yoga, si on le laisse faire, débloque des choses et va chercher des émotions stockées et contenues dans le corps pour nous les mettre bien en face. Mais sur le tapis on est en sécurité pour, justement, y faire face et laisser ces émotions enfouies exister.

Et puis, parfois, pendant la relaxation finale en savasana j’avais 2 ou 3 secondes  où mon cerveau décrochait totalement. C’était très rare, la plupart du temps je n’arrivais pas à me détendre et à mettre mon attention sur ma respiration plutôt que sur mes pensées, mais, quand cela se produisait, c’était un sentiment tellement apaisant, un tel soulagement que tout d’un coup, tout mon être tourmenté et en état d’alerte permanent laissait place à un grand calme et la fatigue physique et psychologique s’estompait pour un court moment. Rien ne m’avait jamais procuré une telle sensation. Je fumais pour décrocher mais ce décrochage était artificiel et pas reposant du tout et mauvais pour ma santé. Là, le décrochage était simple, sain et venait de l’intérieur de mon être, ses effets duraient dans le temps et me procurait un bien-être réel loin de l’indifférence molle et un peu sombre de l’expérience du cannabis. J’ai donc pratiqué avec Laura pendant deux ans jusqu’à me sentir prête à développer une pratique personnelle, ce qui, en Ashtanga est en général un objectif recherché. Mais, le destin en a décidé autrement puisque c’est justement à ce moment là qu’elle est partie de Toulouse pour aller s’installer dans une autre ville (si vous passez à Limoges aller pratiquer avec elle vous ne serez pas déçu ! yogasanalimoges )

La suite je vous la raconterai plus tard, en tous cas ces deux années ont été le début d’une aventure toujours en cours entre moi et le yoga. Une aventure heureuse, chaotique, parfois difficile mais que je ne regrette absolument pas ! Je me suis découverte grâce au yoga et ma pratique personnelle. J’ai pris conscience de ma force et j’ai entrevu cet espace de bonheur que j’avais en moi. Petit à petit, pratique après pratique cette force et ce bonheur ont pris de plus en plus de place pour finir par dépasser la noirceur et la tristesse. Bien sûr, c’est un travail toujours en cours et qui se réactualise au gré des épreuves que la vie m’apporte mais aujourd’hui, avec 10 ans de recul, je peux dire que le yoga m’a sauvé la vie !

Et vous pourquoi avez-vous commencé et surtout pourquoi continuez vous ? N’hésitez pas à partager votre histoire de yogis !

4 réflexions sur “Retour sur ma découverte du yoga ou comment le yoga m’a sauvé la vie !

  1. Merci d’avoir partagé ton histoire avec ouverture, sincérité et vulnérabilité.
    C’est toujours intéressant de voir qu’on vient au yoga pour des raisons différentes et qu’on en retire tous les mêmes choses 🙂
    Curieuse de lire la suite de ton aventure !

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s